
Comment le respect du rythme et de la motivation transforme l'apprentissage du langage et de l'interaction.
Un jour, je joue avec Adib. Il a 5 ans. Depuis quelques semaines, il entre en courant et, à partir de ce moment-là, il n’arrête plus de me demander de lui courir après, de jouer avec la pâte à modeler, de jouer au piano, de construire…
Il ne lui manque pas de motivation pour jouer avec moi.
C’est tout ce que je voulais, car au début, je n’arrivais pas à entrer en relation avec lui. Il s’intéressait davantage aux lignes droites du bureau. Et si j’arrivais à interagir avec lui, c’était de très courte durée.
Mais en commençant par des jeux physiques, j’y suis arrivé. Puis un ballon baudruche, puis le train, puis courir après lui, puis la pâte à modeler…
Et depuis, tout s’est accéléré. Il y a des échanges de regards, du plaisir partagé, il prend plein d’initiatives. Bref, c’est la fête.
Mais en même temps, ce qui devient visible, c’est tout ce qu’il ne sait pas encore faire. Maintenant qu’il veut faire, qu’on a enlevé le blocage de ne pas vouloir interagir avec nous, on voit qu’il ne peut toujours pas faire des choses qu’on attend d’un enfant de 5 ans. Il essaie, mais n’y arrive pas encore.
Et ça met de la pression sur moi. Car il a 5 ans. Il a encore tout à apprendre. Et c’est là que ça devient réellement difficile.
Et surtout, tenir à ce que j’ai découvert, et que j’ai décrit dans mon livre : qu’il faut suivre l’enfant, qu’il ne faut pas brûler les étapes, et qu’avant tout, il faut qu’il ait envie d’interagir avec nous et son environnement pour être motivé à apprendre.
Heureusement, il me le rappelle. Il me le rappelle quand j’essaie de l’emmener vers du travail à table, avec des cartes pour lui apprendre de nouveaux mots. Il ne veut pas participer, ou seulement très brièvement, sans plus.
Mais quand je lui propose un jeu, il participe immédiatement, avec beaucoup d’enthousiasme. Et mieux encore : il retient tous les mots que j’ai utilisés pendant le jeu.
Et c’est là que je me dis : en fait, c’est simple. Il me montre le chemin… il faut juste que j'ose le suivre.
Et c’est ce que je fais. Et à chaque fois, il me montre que c’est la bonne voie. Il prend l’initiative de me courir après, spontanément. Un jour, il me surprend : il commence le jeu de la petite bête qui monte… sur moi ! Alors que ça faisait des mois que je ne l’avais pas fait avec lui. Mais le plus beau, c’est un moment où j’étais assis par terre, après avoir construit une tour avec lui.
Il se lève, il dit “attrape-moi”, il voit que j’ai du mal à me lever, et il tend son bras en disant : “prends ma main”, et il m’aide à me relever pour que je puisse lui courir après. Je ne lui ai jamais appris cette demande.
Par contre, j’ai chanté au moins une dizaine de fois “mains en l’air, sur la tête, aux épaules…” avec les gestes. Et ça aussi, c’était étonnant. Au début, il ne voulait pas qu’on chante. Puis j’ai commencé avec “pomme de reinette et pomme d’api”. Il aimait ça.
Ensuite, j’ai introduit d’autres chansons. Il m’interrompait pour que je reprenne “pomme de reinette”. Puis il a commencé à demander d’autres chansons qu’il avait entendues entre les “pomme de reinette”… Mais il ne me laissait jamais finir les chansons. J’étais comme un jukebox. Puis, petit à petit, j’ai continué à chanter sans m’arrêter. Il aimait tellement m’entendre chanter qu’il a commencé à me laisser terminer. Aujourd’hui, je termine toujours les chansons, mais lui ne chante pas avec moi.
Et puis la semaine dernière, sa mère me raconte qu’à la maison, il chante “mains en l’air”… mot par mot. Je lui ai dit : “Tu vois, heureusement que je ne l’ai jamais forcé.”
Il enregistre tout, quand il est motivé. On risque de le perdre quand on le force, par exemple en lui demandant de terminer la phrase avant de continuer la chanson. C’est la même chose pour les gestes. Et à la fin de cette séance, de manière totalement inattendue, il chante toute la chanson avec moi.
La liste est longue, très longue. Je pourrais continuer encore longtemps avec tout ce qu’il fait de surprenant. Mais tout cela est seulement devenu possible parce que je ne l’ai pas forcé.
Je ne l’ai pas forcé à apprendre des mots à table, à répondre à des consignes, ou à “travailler” pour obtenir quelque chose qu’il veut. Tout cela est devenu possible parce que j’ose le suivre dans ce qui a du sens pour lui, maintenant.
Et ce qui a du sens pour lui maintenant, c’est de jouer avec moi. Comme un enfant de 2 ans. Et c’est ainsi qu’il développe son langage. Et il me le confirme à chaque séance.
Pourtant, je dois me le rappeler souvent : s’il ne veut pas faire ce que je lui propose, ce n’est pas un problème de comportement, c’est que ça n’a pas encore de sens pour lui, qu’il n’est pas encore prêt.
Alors je le suis, dans ce qu’il veut faire avec moi. Mais ce n’est pas facile. Parce qu’il y a le sablier qui coule… les attentes… les exigences de la société…
Pourtant, je sais que le forcer n’arrangera pas les choses. Alors je continue à le suivre. Sur son chemin.
26–27 septembre 2026 — Île-de-France
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Caroline www.carolinepeters.fr
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