Elle est assise en face de moi, à la table.
Devant elle, un puzzle auquel il manque quelques pièces. Je lui ai demandé de le terminer.
Son visage est rouge d’effort, des larmes roulent sur ses joues, et ses petites mains sont crispées en poings serrés.
Derrière elle, sa mère la regarde, aussi désemparée qu’elle.
— « Elle peut le faire », dit-elle, contrariée. « Mais elle ne veut tout simplement pas. »
À cet instant précis, j’ai compris qu’il y avait quelque chose de profondément erroné dans notre manière d’accompagner certains enfants autistes.
Le problème n’était pas leur motivation.
Le problème était notre manière de regarder.
Ce jour-là, j’ai décidé de comprendre ce dont un enfant a réellement besoin pour pouvoir entrer en relation.
Cette quête m’a menée vers le RDI (Relationship Development Intervention), une approche dans laquelle les parents apprennent à guider leur enfant en ralentissant, en s’ajustant à son développement, et en avançant sans récompenses externes.
Les principes du RDI ont affiné et enrichi ma méthode ABA-Play, en renforçant l’importance de la réciprocité, de la motivation intrinsèque et de l’accordage émotionnel.
Une grande partie de mon accompagnement repose également sur la Communication Primaire , une approche qui reconnaît et soutient la communication avant l’émergence des mots, en s’appuyant sur le geste, le regard, l’action et la relation.
Chaque semaine, j’accueille une famille pour une semaine intensive.
Nous jouons, cuisinons, faisons les courses, vivons ensemble toutes ces petites choses du quotidien qui, pour de nombreux parents, sont devenues compliquées.
La plupart de ces enfants ont déjà reçu plusieurs années de prise en charge, souvent selon les principes de l’ABA.
Depuis les années 2000, l’ABA est très présente en France et aux Pays-Bas.
Le nombre de Board Certified Behavior Analysts (BCBA) est passé d’un seul au début des années 2000… à 143 aujourd’hui dans ces deux pays réunis.
Dans le monde, ils sont désormais plus de 71 000.
Cette croissance montre à quel point l’ABA a façonné l’accompagnement des enfants autistes.
Mais elle met aussi en lumière l’importance fondamentale de bien l’appliquer.
Dans plusieurs pays, l’ABA fait d’ailleurs partie des recommandations officielles.
En France, la Haute Autorité de Santé (HAS) l’inscrit dans ses lignes directrices comme une approche fondée sur les preuves.
Mais alors… pourquoi tant de parents arrivent chez moi épuisés et déçus ?
Parce que, malgré des années d’intervention :
Certains parents ont dépensé des milliers d’euros, sacrifié du temps, de l’énergie et beaucoup d’espoir…
Et pourtant, malgré les progrès scolaires ou pratiques, leur enfant ne joue pas avec eux, n’initie pas le contact, n’entre pas dans la conversation.
Ce constat, répété semaine après semaine, m’a poussée à transmettre ce que j’ai appris en 25 ans.
Ce livre — et cette méthode — sont nés de cette nécessité.
Depuis quelques années, l’ABA est au cœur de débats importants.
Certaines pratiques — mal appliquées — ont pu être vécues comme intrusives, rigides ou traumatisantes.
Je comprends cette critique.
Mais il faut distinguer :
L’ABA n’est pas une technique mécanique.
Ce sont des principes naturels de l’apprentissage, présents dans chaque interaction humaine :
chaque réaction que nous avons renforce ou affaiblit un comportement.
L’enjeu, c’est de le faire avec conscience, humanité et respect du développement de l’enfant.
Les dérives surviennent quand :
Certains comparent alors l’ABA au dressage canin.
Je comprends d’où vient cette impression : si l’on ne regarde que l’usage des récompenses, cela peut y ressembler.
Mais ce n’est pas ainsi que j’ai formé mon chien.
Je l’ai élevé par la relation, la patience, l’ajustement — sans friandises.
Ma fille, elle, a voulu lui apprendre « assis » avec une croquette.
Le lendemain, il s’asseyait sans arrêt devant elle… même quand elle ne le demandait pas.
Il n’avait pas appris à comprendre.
Il avait appris à obtenir.
Cela m’a rappelé une vérité fondamentale :
Pendant longtemps, l’ABA recommandait 30 heures par semaine.
J’ai moi-même appliqué ces protocoles.
Aujourd’hui, j’ai changé.
J’ai constaté que :
J’ai accompagné un petit garçon seulement 3 heures par semaine pendant deux ans et demi.
Ses progrès ont été spectaculaires.
Au lieu de prendre la main de l’enfant pour l’amener au résultat, je préfère :
C’est le principe du shaping :
S’ajuster à son développement cognitif, social et émotionnel pour ouvrir la porte à un apprentissage authentique.
Limiter la guidance physique, soutenir l’autonomie, développer l’initiative.
S’appuyer sur les conséquences naturelles plutôt que sur des récompenses externes.
Ma méthode ne repose ni sur des règles rigides ni sur des récompenses.
Elle repose sur :
C’est une approche naturelle, développementale et profondément humaine.
Un enfant ne peut apprendre réellement que lorsqu’il se sent vu, compris et connecté.
ABA-Play n’est pas une méthode de règles ou de récompenses, mais une manière d’être ensemble — où la relation, le plaisir partagé et la motivation intrinsèque forment la racine de tout apprentissage durable.

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