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Comment un jeu devient une demande

Découvrez comment le plaisir d'être ensemble transforme les rituels en véritable communication spontanée.

La semaine dernière, quelque chose de très intéressant s’est produit avec Adib. Mais au début, nous n’avons rien compris.

Comment tout a commencé

Pendant la séance, Adib jouait toujours au même jeu. Nous chantions et jouions à « Bateau sur l’eau » sur le tapis. Quand la chanson se terminait, Adib se levait brusquement. Il allait vers l’armoire derrière sa mère, murmurait quelque chose d’incompréhensible — comme une phrase de film — puis partait en courant dans le couloir. Après quelques répétitions, j’ai proposé à sa mère de lui courir après pour voir ce qui se passerait. Elle courait après lui et cela l’amusait énormément.

Peu à peu, sa mère a commencé à dire : « Attrape-moi ! » avant de lui courir après. Adib a commencé à dire « attrape-moi », d’abord par imitation, puis spontanément, avant même que sa mère ne le dise. Ensuite, pour que sa mère s’assoie sur le tapis afin de refaire « Bateau sur l’eau », il tirait simplement sa mère par le bras. Sa mère a mis les mots sur ce qu’il montrait et a dit : « Assieds-toi ». Peu à peu, cela est devenu la deuxième demande d’Adib.

Un moment révélateur

Un jour, sa mère en a eu assez. Elle a voulu empêcher Adib de faire sa petite scène devant l’armoire. Elle a essayé de le retenir pour qu’il parte directement courir. Mais quelque chose d’inattendu s’est produit. Adib s’est immédiatement retiré du jeu. Il s’est éloigné de nous. Il a commencé à regarder les lignes de la table — quelque chose qu’il faisait autrefois lorsqu’il s’isolait. Il ne demandait plus : « Attrape-moi ». Alors nous avons compris. Cette petite scène devant l’armoire faisait partie de son jeu. Nous avons donc décidé de le laisser faire sa petite scène, même si elle ne durait que quelques secondes et qu’il la jouait seul — et même si cela ne paraissait pas tout à fait adapté. Et le jeu est revenu.

Un moment très important

À un moment donné, sa mère et moi restons toutes les deux debout à côté du tapis. Je m’attends à ce qu’Adib me dise : « Assieds-toi ». Mais ce n’est pas ce qu’il fait. Il pointe sa mère et dit : « Assieds-toi ». Pas moi. Sa mère. Et c’est exactement ce que nous cherchions. Que l’enfant s’adresse à son parent.

Petit à petit…

D’autres mots apparaissent. Il demande les pieds de sa mère pour le jeu, puis les mains, parce qu’il en a besoin pour le balancement. Puis il commence aussi à me demander « attrape-moi », en m’appelant, puis en me tapotant sur le bras lorsque je ne réponds pas.

Mais ce qui est le plus remarquable, c’est que lorsqu’il en a assez de l’activité — ou lorsque nous sommes trop fatiguées pour courir et que nous disons « non » — il ne s’isole plus.

Au lieu de regarder les lignes de la table, il cherche une autre interaction. Il prend une boîte de balles. Il les fait rouler vers sa mère. Elle les attrape dans la boîte.

Ou bien il s’assoit à table et joue avec nous : les cloches, la pâte à modeler ou un puzzle. Au début pourtant, Adib ne voulait pas du tout faire de puzzles. Comment il a commencé à s’y intéresser mérite presque une histoire à part. Je vous la raconterai dans la prochaine lettre du dimanche soir.

En faisant simplement des encastrements d’animaux et de véhicules, il a appris une dizaine de mots. Sans que nous lui demandions de travailler. Simplement parce que le jeu et l’interaction avaient du sens pour lui. Et lorsqu’il ne veut pas ou plus faire une activité, il la pousse simplement de côté ou la range dans la boîte d’où elle vient. Et s’il est vraiment fatigué, il demande : « chaussures » ou « voiture », puis il rentre à la maison.

Ce que cela nous rappelle

Ce que nous renforçons finit toujours par organiser le comportement de l’enfant. Si nous renforçons surtout le fait de suivre les consignes, l’enfant apprend à attendre les consignes. Si nous renforçons l’initiative, l’enfant apprend à prendre des initiatives. Et surtout : lorsque nous rendons l’accès à l’interaction simple et accessible pour l’enfant, il apprend à rechercher l’interaction. Autrement dit, il n’a plus besoin de s’isoler.

Cela signifie souvent accepter de jouer à sa manière. Par exemple, lorsque sa mère a essayé de l’empêcher de faire sa petite scène devant l’armoire — une phrase qu’il répétait comme dans un film — Adib s’est immédiatement retiré du jeu et s’est isolé. Mais lorsqu’elle a simplement accepté cette petite étape avant de courir après lui, le jeu a repris. Ce n’est donc pas en forçant l’interaction que le lien se construit. C’est en rendant l’accès à l’interaction suffisamment facile pour l’enfant. Et progressivement, lorsque Adib a commencé à demander « attrape-moi » directement, il a simplement abandonné la scène devant l’armoire. Aujourd’hui, il demande « attrape-moi » à sa mère, à moi et à d’autres enfants, sans jouer cette scène auparavant.

La généralisation

Quelques jours plus tard, quelque chose de très beau se produit. Un autre enfant sort de chez moi au moment où Adib arrive. Adib se tourne vers lui et dit spontanément : « Attrape-moi ». Personne ne lui a demandé. Personne ne l’a entraîné à ce moment-là. Il utilise simplement ce qu’il vient de découvrir : le plaisir d’inviter quelqu’un dans son jeu.

Une dernière chose

Nous n’avons jamais guidé physiquement Adib. Nous avons organisé l’environnement en mettant différents jeux à disposition et nous avons attendu ses initiatives. Parfois cinq minutes. Parfois dix. Mais le résultat est là. En quelques semaines, il a appris une vingtaine de demandes spontanées et ses stéréotypies ont disparu.

Chez Adib, les mots sont apparus au milieu du jeu

Le langage ne naît pas d’exercices. Il naît du plaisir d’être ensemble.

C’est précisément ce type de situation que nous analyserons lors du prochain webinaire : comment l’initiative et la motivation sociale peuvent devenir le point de départ des apprentissages.

Webinaire 26 mars 2026 à 20h00

Dans les prochaines semaines, je proposerai un webinaire consacré à la construction de la motivation sociale et de l’initiative chez l’enfant autiste. Nous verrons notamment :

  • pourquoi certains enfants semblent « non motivés »
  • comment créer un espace où l’initiative peut émerger
  • comment transformer les moments du quotidien en occasions d’apprentissage.

Les informations suivront très bientôt.

Formation pour professionnels

26–27 septembre 2026 — Île-de-France

Je proposerai également une formation en présentiel de deux jours pour les professionnels. Renforcer la motivation sociale et l’initiative chez l’enfant autiste (profils variés). Nous travaillerons à partir de vidéos cliniques et d’analyses détaillées de situations réelles. Le nombre de places sera limité à 15 participants afin de permettre un travail approfondi à partir de situations cliniques et de vidéos. Les inscriptions ouvriront prochainement. Les personnes intéressées peuvent déjà me le signaler par retour de mail afin d’être informées en priorité.

Caroline www.carolinepeters.fr

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