Réapprendre l'attente pour redonner sa place à l'initiative spontanée de l'enfant.
Bonsoir,
Ces dernières semaines, je n’ai pas écrit la lettre du dimanche soir. Pas parce que je n’avais rien à dire, mais parce que toute mon énergie était nécessaire pour terminer l’écriture de mon livre.
Quand on arrive à la fin d’un tel processus, il ne reste souvent plus beaucoup de place pour autre chose. La semaine prochaine, je reprendrai la newsletter. Ce soir, j’ai simplement envie de partager avec vous un court extrait — et une réflexion qui l’accompagne.
Vous avez probablement déjà beaucoup fait avant d’arriver ici. Depuis que vous soupçonnez que votre enfant est autiste — ou depuis que le diagnostic a été posé — vous avez cherché, lu, comparé.
Le soir, quand la maison était enfin calme, vous avez passé des heures à lire des articles, regarder des vidéos, essayer de comprendre. Vous avez rencontré des professionnels. Essayé des thérapies. Suivi des conseils.
Et oui, il y a des progrès. Votre enfant apprend des compétences. Il apprend des mots. Sa motricité s’améliore. Les rapports montrent une évolution, les graphiques montent, les objectifs sont atteints.
Mais dans la vie quotidienne, le ressenti est souvent différent. Être ensemble demande de plus en plus d’énergie. Votre vie s’est rétrécie. Vous voyez moins de monde, sortez moins souvent, et chaque sortie demande une anticipation constante : est-ce que ça va aller, est-ce que tout le monde va tenir, que faire si ça dérape ?
Toute la famille s’adapte. Les relations sont mises à l’épreuve. Et parfois, une question surgit — discrètement, presque en silence : Il apprend tellement… mais le contact ne s’améliore pas.
Alors vient cette autre question : Qu’est-ce que je peux encore faire ? Peut-être que la question devrait être plutôt celle-ci : Qu’est-ce que je peux arrêter de faire ?
Dans le quotidien, beaucoup d’enfants montrent déjà énormément de choses. Avec leur corps. Par leurs mouvements. Par leurs regards. Par le fait de s’approcher… ou de rester immobiles. Ils montrent ce qu’ils veulent. Et aussi ce qu’ils ne veulent pas.
Mais bien souvent, on continue autrement. On pose des questions. On anticipe. On met des mots avant que l’enfant n’ait pu montrer quelque chose.
Cette semaine, j’ai travaillé avec un petit garçon qui illustre très bien cela. Il était assis en face de moi. À ma gauche, sur une étagère, se trouvaient trois jouets : un bus, un avion et un camion. Il connaît ces trois mots.
Il regardait vers le bas, très concentré. Puis, très doucement, presque pour lui-même, il a dit : « Lequel tu veux ? Lequel tu veux ? »
Ce n’était pas du tout clair ce qu’il voulait. Et pourtant, cette phrase n’était pas un hasard. C’est exactement la question qu’on lui pose, à lui, lorsqu’on pense qu’il veut quelque chose.
Alors au lieu de se lever, au lieu de marcher vers l’étagère, au lieu de montrer, de prendre ou de désigner, il utilisait la phrase qu’il a apprise dans ces moments-là.
J’ai attendu. Puis encore attendu. Après un moment, il s’est levé et s’est dirigé vers l’étagère. Il ne pointait plus. À ce moment-là, j’ai simplement touché le bus. Il a dit : « Bus. » Je lui ai donné le bus immédiatement.
Ce qui est important ici, ce n’est pas qu’il ne savait pas parler. Il connaissait les mots. Mais à force d’entendre des questions à la place de l’attente, l’initiative avait changé de forme. Au lieu de montrer ce qu’il voulait, il répétait la question qu’on lui posait.
C’est souvent cela qui se passe lorsque nous posons beaucoup de questions au lieu d’attendre que l’enfant montre d’abord ce qu’il veut.
Alors que parfois, le plus important est simplement de laisser venir le geste, le mouvement, l’élan — et de mettre les mots après. Par exemple en disant, quand l’enfant montre ou s’approche : « Bus. » « Avion. » « Camion. » Puis on lui donne. Pas pour tester. Pas pour corriger. Mais pour accompagner ce qui est déjà là.
Parce que tant que nous parlons, expliquons ou orientons, l’initiative ne peut pas vraiment venir de l’enfant. Parfois, le chemin ne commence pas par faire plus, mais par laisser plus de place.
Je vous souhaite une douce soirée de dimanche.
À la semaine prochaine,
Caroline
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