25; Observer, attendre, ajuster

Et si attendre devenait une véritable intervention ?

Une réflexion sur le façonnement et la confiance dans le processus.

Certaines personnes pensent que je ne fais pas d’ABA, parce qu’elles ne me voient pas donner de prompts pour obtenir la « bonne » réponse. Elles ne me voient pas guider l’enfant physiquement ni lui fournir la réponse correcte. Elles ne me voient pas non plus utiliser des renforçateurs externes.

Et pourtant, chacune de mes actions est fondée sur une analyse.

Ce que je fais en premier lieu, c’est analyser ce que l’enfant cherche à atteindre à un moment donné : quelle est sa motivation et quel comportement il adopte pour y parvenir.

Je me pose alors une question essentielle : est-ce que ce comportement, dans le contexte de sa motivation, va réellement l’aider dans sa vie ? Est-ce que cela va améliorer sa qualité de vie ou non ?

Si la réponse est oui, je fais en sorte que son comportement lui permette effectivement d’atteindre ce qu’il cherche. C’est pour cette raison qu’il est fondamental, à tout moment, de connaître la motivation de l’enfant.

Si ce n’est pas le cas, je veille au contraire à ce que ce comportement lui rapporte le moins possible. De cette manière, je façonne progressivement son comportement vers quelque chose qui l’aide de plus en plus à avancer.

C’est ce qu’on appelle le shaping.

Le shaping, c’est un peu comme le jeu du chaud et du froid. Lorsque l’enfant adopte un comportement adapté pour atteindre ce qu’il vise, on fait en sorte que ce comportement aboutisse effectivement à ce qu’il cherchait. Lorsqu’il adopte un comportement inadapté pour atteindre ce même objectif, on fait en sorte que ce comportement n’aboutisse pas : il n’obtient pas ce qu’il visait.

Dans le vécu de l’enfant, ce comportement-là n’amène alors simplement à rien. Et comme ce comportement ne « fonctionne pas », il va apparaître de moins en moins souvent, au profit d’un comportement plus adapté — surtout si le seuil pour ce nouveau comportement est suffisamment bas, c’est-à-dire s’il n’est pas trop difficile à mettre en œuvre.

Comment savoir si c’est trop difficile ?

Peut-être que vous vous demandez : comment savoir si c’est trop difficile ?

La réponse est simple : si, dans ce contexte précis, l’enfant ne le fait pas, alors c’est trop difficile pour lui à ce moment-là. Même s’il est capable de faire ce geste dans un autre contexte, si le comportement n’apparaît pas alors qu’il est motivé, cela signifie que l’étape est trop grande. Dans ce cas, nous n’avons qu’une option : réduire la difficulté, même si cela veut dire revenir à l’étape précédente.

Le fait d’attendre n’est pas une absence d’intervention ; c’est une intervention intentionnelle, fondée sur l’analyse du comportement.

Mon travail principal consiste à observer continuellement le comportement de l’enfant, à l’analyser et à le façonner.

L’une des bases les plus importantes de mon travail est de veiller à ce que l’enfant ne soit pas renforcé lorsqu’il s’éloigne de moi : quand il s’en va, quand il me tourne le dos ou quand il se détourne.

Dans ces moments-là, il ne se passe rien.

J’attends simplement le moment où il se retourne vers moi, où il s’approche, où il me regarde, pour lui proposer quelque chose de plaisant. Je n’essaie donc pas d’attirer son attention lorsqu’il se détourne de moi, et je ne cherche pas non plus à le distraire.

C’est d’ailleurs souvent l’inverse de ce que j’observe dans la pratique. Lorsque l’enfant se détourne, s’éloigne ou tourne le dos, beaucoup d’adultes commencent à faire des bruits ou à proposer quelque chose qu’ils pensent agréable pour attirer son attention, souvent par peur de perdre l’interaction avec l’enfant.

Sans s’en rendre compte, ils peuvent ainsi renforcer précisément le comportement qui consiste à s’éloigner de la personne.

J’ai vu des enfants s’éloigner ou s’isoler justement parce qu’ils avaient appris que cela amenait l’adulte à leur proposer quelque chose d’agréable.

Pour moi, lorsqu’un enfant s’éloigne ou s'isole, il a peut-être simplement besoin d’une pause — et il devrait avoir la possibilité de la prendre quand il en a besoin. On devrait d’ailleurs le faire plus souvent, nous aussi, en tant qu’adultes.

L’enfant a parfois besoin d’intégrer ce qu’il vient de vivre, ou ce qu’il vient d’apprendre. Et si l’adulte insiste à ce moment-là, il risque d’aggraver la situation : l’enfant peut se mettre à vouloir s’éloigner encore davantage, parce que son besoin de tranquillité n’est pas respecté.

Si, en revanche, l’enfant souhaite interagir avec moi, cela doit venir de lui : s’approcher, se tourner vers moi ou regarder dans ma direction. Tant que ce n’est pas le cas, rien ne devrait se passer.

Un autre aspect que je trouve extrêmement important est l’initiative propre de l’enfant. Là encore, attendre est souvent la meilleure solution. Par exemple, si un enfant prend un rail, je ne prends moi-même un rail qu’après qu’il en a déjà posé un. Ou je prends un bloc uniquement lorsqu’il en a déjà pris un lui-même.

Si tout le monde appliquait cela de manière cohérente, les enfants viendraient davantage vers nous et prendraient plus d’initiatives — deux compétences essentielles pour la vie.

Un exemple concret : le façonnement de la prise d’initiative

Et pour rendre cela très concret, voici un exemple de façonnement de la prise d’initiative.

Au départ, tous les blocs sont simplement posés librement au sol. J’attends que l’enfant prenne spontanément un bloc et fasse une action avec — n’importe quelle action. Tant qu’il ne fait rien, je n’interviens pas. Lorsqu’il fait quelque chose, je peux ajouter un bloc à ce qu’il est en train de construire.

Dans un second temps, les blocs sont placés dans une boîte ouverte. J’attends alors que l’enfant aille chercher un bloc dans la boîte pour commencer à jouer. Une fois que cela devient facile et fréquent pour lui, je complique légèrement la situation.

Les blocs sont ensuite placés dans une boîte fermée, mais accessible. J’attends que l’enfant ouvre lui-même la boîte et commence à jouer. Là encore, je n’aide pas : je laisse le comportement émerger.

Plus tard, l’étape suivante peut être que l’enfant ouvre la boîte, puis vienne chercher l’adulte. Par exemple, il peut tirer l’adulte vers la boîte et lui donner un bloc dans la main pour montrer qu’il souhaite jouer ensemble.

Même ici, le façonnement se fait par petites étapes. D’abord, l’enfant apporte simplement la boîte à l’adulte, qui s’installe avec lui, ouvre la boîte et commence à jouer. Plus tard, une fois que l’adulte est là, il attend que l’enfant commence lui-même à construire avant de construire à son tour.

Façonner le comportement de jeu jusque-là est essentiel : cela lui permettra ensuite de jouer plus facilement avec d’autres enfants — et c’est bien l’un de nos objectifs.

À chaque étape, le principe reste le même : l’enfant n’est ni guidé ni poussé. On ajuste simplement l’environnement et on attend que l’initiative vienne de lui.

Nous apprenons en observant les autres, mais aussi en manipulant et en explorant les objets à notre disposition. C’est ainsi que l’on aide l’enfant à apprendre… à apprendre.

Bien sûr, cela ne fonctionne que si le matériel de jeu correspond au niveau de l’enfant. Et ce niveau est souvent mal évalué. En réalité, on découvre naturellement le niveau de l’enfant en simplifiant progressivement le matériel jusqu’à ce qu’il commence spontanément à agir avec celui-ci.

Il est essentiel d’accepter le niveau actuel de jeu de l’enfant pour pouvoir avancer. Cela signifie que nous devons proposer le bon matériel et nous connecter à sa motivation. Trop souvent, nous attendons de l’enfant des choses qui sont simplement trop difficiles pour lui.

Le Shaping : s'ajuster pour mieux éduquer

Le shaping est ma technique ABA préférée, et c’est celle que j’utilise la plupart du temps.

Elle nous oblige à réfléchir à l’endroit où se trouve l’enfant, à nous adapter à son niveau, à l’observer en permanence, à surveiller sa motivation et à suivre son développement naturel.

Parce que nous sommes contraints de nous ajuster à son niveau et d’imaginer des étapes qu’il est réellement capable de franchir — sans guidance physique —, cette approche nous aide à devenir de meilleurs éducateurs.

Souvent, on se rend compte que l’étape que l’on avait imaginée est trop grande pour l’enfant : il ne fait tout simplement pas ce qu’on attendait de lui. Mais l’avantage, c’est que l’on peut réduire la taille de cette étape jusqu’à ce qu’il y arrive. Et à ce moment-là, on sait que l’on est au bon niveau.

J’invite chacun d’entre vous à commencer à pratiquer systématiquement ces deux principes : façonner l’approche et façonner la prise d’initiative. Osez tenter le façonnement.

Le shaping permet d’observer l’effet de nos interventions et de nous ajuster en fonction de ce que l’enfant nous renvoie.

Cela ne demande pas de tout faire parfaitement, mais simplement d’observer, d’attendre et d’ajuster pas à pas. En faisant confiance au processus et en acceptant le niveau auquel se trouve votre enfant aujourd’hui, on s’améliore naturellement, au fil du temps.

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